A la découverte d’Antananarivo!

 

Taxi de Tana

                                Taxi de Tana

Lors d’une journée culturelle à mon université à Dakar, un promotionnaire malgache en présentant son pays nous dit « vous trouvez que les Sénégalais mangent beaucoup de riz ? Vous ne connaissez pas Madagascar, chez nous nous mangeons le riz matin, midi et soir! ». Je comprends désormais pleinement ses propos. Les malgaches AIMENT le RIZ sous toutes ses formes!!!

Madagascar compte 23 812 681 habitants dont plus de 2 200 000 à Antananarivo et une superficie totale de 587 040 km2. C’est la cinquième plus grande île au monde après l’Australie, le Groenland, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Bornéo.

Un Malgache consomme en moyenne 140 kg de riz par an (certaines données vont même jusqu’à 200 kg). La population malgache est le résultat d’un métissage entre des peuples venant d’Afrique, du Moyen-Orient, de l’Europe et surtout de l’Asie du Sud Est plus précisément de l’Indonésie. C’est un peuple afro-asiatique. Ceci peut expliquer cela !

Il existe ici une large variété de riz, long , brisé, blanc, brun ou complet (excellent), local, importé, etc. Il y a des rizières sur de nombreux lacs et points d’eau de la capitale Antananarivo. J’ai découvert ici les pâtes de riz (comme des spaghettis mais tout blanc). Le riz est consommé avec ou sans sauce, avec des légumes, des feuilles, de la viande de porc, du bœuf, du chèvre, du poulet, du canard, des crevettes, du poisson, … Du Riz cantonnais pour ce week-end?

L’eau de riz appelé ici ranon’ampango est aussi énormément consommée. Elle est obtenue en ajoutant de l’eau au fond de riz brûlé dans la marmite que l’on laisse bouillir. Cela donne une boisson brune que l’on consomme tiède. Elle sert à combattre efficacement la déshydratation et serait efficace contre la diarrhée. Vous constatez qu’à Madagascar rien ne se perd dans le riz!

A part le riz, l’autre chose qui me marque à Antananarivo ce sont les taxis. Ouiii des Renault R3, R4, R16,… bref des collectors. Des voitures que l’usine Renault ne produit plus. Ces taxis côtoient aussi des bus (cars rapides) comme dans de nombreuses capitales africaines pour faciliter  (ou pas) le transport des personnes, des animaux et des biens. Le mélange de ces collectors et des 4×4 et voitures neuves crée une ambiance particulière dans cette ville.

Elles sont réputées pour ne pas consommer beaucoup de gazole ou d’essence. Par contre je me demande encore comment ils font pour les faire fonctionner encore et toujours et ce, toute la journée ? En traversant la route le mardi 13 octobre passé, j’ai obligé l’un de ces taxis à ralentir, quelle ne fut pas ma surprise quand les passagères sont tout de suite descendues pour maintenir et pousser la voiture afin qu’elle ne s’éteigne pas. Une fois libre de circuler elles sont remontées et le taximan a continué sa route tranquillement. J’étais abasourdie ! Leurs gestes étaient tellement naturels… Les joies de la découverte en expatriation !

Ce qu’il faut savoir aussi c’est que Madagascar est le pays de la Mora-Mora (prononcée moura -moura) qui signifie « doucement ». C’est vraiment un art et une manière de vivre, c’est une nonchalance à toute épreuve parfois irritante et perturbante quand on a l’habitude de tout vouloir tout de suite. J’ai souvent l’impression que la notion de 60 minutes/heure n’est pas la même pour tous. Mais comme partout nous nous adaptons et nous découvrons. On ne va pas dans un pays pour changer ses habitants… Cependant le sourire, la politesse et l’accueil de nombreux Malgaches nous permet de mieux supporter notre quotidien ici.

J’ai  hâte de découvrir les autres villes de ce magnifique pays. Je vous reviens avec d’autres découvertes et émerveillements très bientôt ! Veloma  (au revoir en malagachy)!

Tim

 

 

 

 

 

Maman, maman tu sais…?

« Maman tu sais j’ai fait un beau coloriage à l’école aujourd’hui ». « Maman j’ai faim ». « Maman je me suis blessée en jouant ». « Maman… maman… maman!!!«  Vous êtes vous déjà demandées combien de fois on vous appelle maman chaque jour?

J’ai fini par faire un décompte. Vous vous direz que j’ai beaucoup de temps… Pourtant pas. Mais je voulais vraiment savoir à combien de sollicitations maternelles sérieuses, futiles et rigolotes je répondais chaque jour. Je suppose que ça les rassure de nous appeler, que c’est leur manière à eux de bien nous identifier et de communiquer, et il est important de les écouter autant que possible.

Mon aînée m’appelle en moyenne 5 fois/heure quand elle est à la maison (et moi aussi) et qu’elle est éveillée. Donc pour une journée normale d’éveil ensemble de 8h à 20h (8h et 20h inclus) ça nous fait 13h donc 65 fois. Mais elle au moins me dit quelque chose de compréhensible (même si c’est souvent futile pour moi mais très très important pour elle).

Les jumeaux eux m’appellent chacun en moyenne 20 fois/jour et très souvent pour rien, juste pour entendre le son de leur propre voix. Donc, au total, 105 appels et interpellations par jour en moyenne. Sans compter les jours de maladies, les poussées dentaires où ils sont particulièrement grincheux et ceux où ils décident de faire du mot « maman » une chanson pour me rendre folle !

En début de journée je réponds toujours: « oui chérie » « oui champion » « oui mon coeur » « oui bébé ». Plus la journée avance, plus les petits surnoms disparaissent, ça devient « Oui » tout court et après ça vire à « Hummm » puis à bout je réponds « Quoi???« . Je sais, c’est pas sympa, mais au bout du 80ème appel sans raison sérieuse, il y a que quoi péter un plomb.

Je me demande comment a fait ma mère avec 7 enfants (plus tous ceux qu’elle a élevé qui sont tout aussi nombreux). Bravo et encore merci maman pour tout!!! Certains enfants qui peuvent téléphoner appellent même leurs mères plusieurs fois par jour juste pour demander « quel biscuit manger au goûter », où pour expliquer « comment son frère ou sa soeur l’a frappé au point de le blesser et qu’il saigne beaucoup beaucoup… » Oui, quitte à appeler, autant exagérer et paniquer maman pour qu’elle rentre.

Remarquez que quand nous sommes en danger nous avons tendance à appeler au secours « maman!« , ça doit être un réflexe naturel. Actuellement mon fils appelle même son père « maman » , ça ne réjouit pas beaucoup ce dernier mais c’est une étape. Il sait pourtant très bien dire « papa« . Bravo aussi aux papas qui assument brillamment leurs rôles et qui soutiennent les mamans au quotidien!

La majorité des enfants dit toujours : »si le monstre m’attaque c’est papa qui va le taper » mais quand ça chauffe c’est bien « maman » qu’on appelle. C’est peut être parce que inconsciemment ils savent tous que papa peut taper le monstre mais c’est maman qui soigne les bobos réels et imaginaires, ceux du corps et de l’âme, et cela, toute sa vie.

Mais c’est plutôt mignon, je vais en profiter pendant qu’ils le font avec autant de joie et d’amour. Avant les crises de pré-adolescence, d’adolescence et les départs pour les études (où je quémanderai les appels), le mariage et toutes les aventures et étapes que la vie leur réserve. Tout ça est bien loin pour le moment, que Dieu nous permette de les vivre à leurs côtés. Pour le moment j’en profite quitte à me rendre joyeusement folle.

Les futures mamans préparez vous! En attendant, prenons tous bien soin de nos mamans si elles sont toujours de ce monde, prions pour elles si elles ne sont plus et aidons les orphelins tant que nous pouvons car c’est vraiment dur de grandir sans sa mère, sans père ou même sans ses deux parents dans ce monde.

Je vous laisse car on m’appelle encore pour la énième fois aujourd’hui et je dois aussi appeler ma maman…

Coucou à vos anges!

 

Tim

 

 

 

 

 

Incivisme au Burkina : entre Yaré et défiance

 

Engins incendiés Source photo lefaso.net

Engins incendiés
Source photo lefaso.net

Au Burkina Faso, nos plus grandes richesses sont notre ardeur au travail, notre fierté et notre intégrité. Selon Le Point Afrique du 2 Juin 2016,  The Legatum Institute, qui dévoile l’indice de prospérité de 142 pays à travers le monde depuis 2006, le Burkina Faso est dans le top 10 des pays les plus prospères d’Afrique notamment grâce à ses performances en terme de liberté individuelle et de gouvernance. Un des point fort du Legatum Institute : il a pour ambition de ne pas mesurer uniquement la richesse économique, mais aussi le bien-être de la population d’un pays.

>> A lire Burkinabè

Cependant, depuis quelques temps des actes d’incivisme très graves secouent le climat social au Burkina Faso. Pourquoi ? Comment en est-on arrivé là ?  Incivisme des jeunes, Yaré (désordre en  langue mooré) ou défiance face aux frustrations du quotidien ? Ces questions me tourmentent et voilà ce que j’en pense.

Cet état de fait est la conséquence de plusieurs années d’impunité et de violences sourdes. Des enfants qui sont nés et ont grandi dans un Burkina où la justice ne sanctionne pas assez (ou assez longtemps) et en tout cas pas les plus dangereux.

Un Burkina où on retire des mandants d’arrêt qui n’ont jamais été vraiment bien lancés ou bien émis, et qui finissent dans un jeu juridico-diplomatique. Au final, on ne sait pas qui est toujours poursuivi où pas. En tant que jeune je me demande donc si la séparation des pouvoirs n’est pas qu’un doux rêve naïf. Quand on a une population à majorité analphabète, il est important de communiquer clairement sur ces aspects, sinon, pour les intellectuels comme les analphabètes, ce sont des entourloupes, en tout cas ça y ressemble fortement.

Où des parents aigris et frustrés par leurs conditions de vie n’ont pas le temps d’éduquer leurs enfants – à défaut ils les élèvent – la télévision et les réseaux sociaux font le reste. Un pays où les nouveaux riches ne refusent rien à leurs enfants en croyant se venger d’on ne sait quoi. Où les enfants des moins nantis, frustrés, deviennent souvent envieux et prêts à tout pour réussir.

Où certains pères n’apparaissent qu’en flash à la maison, parce-que maquis, buvettes et autres, obligent. Finalement ils ne font qu’apercevoir leurs enfants et en fin d’année ils s’étonnent qu’ils redoublent leur classe. Des mères souvent frustrées par une vie de couple qui n’en est pas vraiment une. Qui doivent être femmes, mères, épouses, filles, soeurs, collègues, amies parfaites, et qui, avec tant de pression, ont besoin de s’épanouir, au moins un peu quand même. Avec tous ces challenges, la télévision élève les enfants en attendant que les parents rentrent.

Où les enfants de certains riches et surtout nouveaux riches se croient dans une télé réalité aux USA ou à Ibiza, là où tout n’est qu’illusions et démesures. Ils vivent dans un monde parallèle, complètement déconnectés des réalités et on appelle ça « réussir ». 

Où les plus nantis essayent de cacher une partie de leurs biens et restent discrets parce qu’au moindre écart on peut brûler votre voiture, votre maison ou encore vous même, tant qu’à faire. Toutes richesses est source de suspicion malheureusement. 

Où une femme qui semble réussir est forcément soit une fille très facile qui a couché pour réussir, soit la fille ou la soeur de quelqu’un. Parce que son intelligence seule et son travail ne peuvent pas lui permettre d’avoir tout ça, évidemment !? Dommage.

En tant qu’étudiante Burkinabè à Dakar,  j’ai eu plus de facilité à obtenir des stages et même un emploi à Dakar qu’à Ouagadougou. Ouagadougou où on me demande de qui je suis la fille ou la soeur. Où on te propose un « petit pot » avant même de lire ton CV. Tu comprends vite que ton petit stage non (ou très mal) rémunéré dépendra de l’acceptation ou non de ce « petit pot ». Que tu acceptes ou pas ce sont les mêmes qui, frustrés, te traiteront de tous les noms plus tard.

>> A lire Mon père, mon héros

Un Burkina où, pour revendiquer tout et n’importe quoi, on bloque des routes nationales pendant des heures voire des jours. Sans stress. L’incidence sur l’économie ?! On s’en fout, nous on veut juste un dos d’âne, en attendant « nous pas bouger ! »

Où des parents qui transportent 3 enfants sur une moto brûlent le feu rouge et insultent au passage le policier qui les interpelle. Après ça, cogner et tuer un policier dans l’exercice de ses fonctions, c’est dans l’ordre des choses…

Un Burkina où des kolgweogos (milices armées) se sont formées dans certaines zones pour se défendre face aux agresseurs, les forces de l’ordre n’ayant pas les moyens d’assurer la sécurité de ces populations. Mais leurs jugements extra judiciaires, violents et mortels, mêlant colère et traditions, inquiètent. Il faut un encadrement plus stricte par l’Etat de ces milices et surtout l’octroi de moyens adéquats aux forces de maintient de l’ordre et de défense. Sinon gare au revers de la médaille.

Où une société de transport, STAF, fait des accidents mortels sont label. Après avoir tué 24 personnes, ils ont décidé eux mêmes de fermer leurs portes en signe de deuil. Et c’est tout ? Y a t il des plaintes ? Des demandes d’indemnisation pour les victimes et parents de victimes ? J’espère que vraiment que oui. Ne mettons pas tout le temps les conneries des inconscients sous la volonté de Dieu, aidons Dieu à nous sauver en agissant pour que les choses changent.

Un Burkina où on casse et brûle le drapeau national, mais aussi des maisons et engins d’enseignants. Mieux, des postes de police pour libérer des violeurs et des criminels en menaçant de mort la mère de la fille violée. Après tout, fallait pas qu’elle s’habille de telle manière ou qu’elle refuse les avances. Messieurs, jusqu’à preuve du contraire « NON » veut dire toujours « NON » et signifie donc un refus !

Mes frères, brûler l’Assemblée nationale et brûler le poulailler de votre professeur, dans votre village où faire l’école est un privilège, ça  n’a pas du tout la même valeur symbolique. Réveillez vous !

Ce qu’il se passe actuellement n’est que la démonstration d’une colère enfouie depuis longtemps, l’incivisme grandi et il est en train de désintégrer notre société et nos valeurs. Il faut donc que l’Etat agisse très très fermement en ne pensant pas qu’aux échéances électorales.

Je suis pour les droits humains mais aussi pour ses devoirs, pour que la justice agisse dans toute sa rigueur et même au delà. Une vraie justice qui soit la même pour tous. Des cours de civisme dans toutes les écoles, lycées et universités s’imposent. Sinon pourquoi s’étonner que les citoyens se fassent justice eux même ? A ce rythme les kolgweogos ne sont rien fasse aux milices armées qui nous attendent.

L’incivisme est un frein au développement. Quel investisseur viendra investir pour qu’au moindre problème on brûle tous ses biens et le poste de gendarmerie de son quartier ? Le Yaré ne peut faire prospérer aucun Etat. Nous sommes en démocratie mais attention à ne pas virer dans l’anarchie.

Seuls l’éducation, l’équité, la communication, et le respect des valeurs de l’Etat de droit peuvent nous permettre de venir à bout de cette défiance, de ces frustrations. Nous avons fait la fierté de tout un continent en 2014 puis en 2015, tâchons de demeurer fiers de nous-mêmes.

Mis à part tout ça, mon beau pays est très accueillant, ne soyez pas effrayés ! Nous aimons les étrangers et quel que soit notre colère elle ne vise que nous-mêmes. Venez nous voir, un accueil très chaleureux vous attend !

 

Tim