Burkinabè!


Rétrospective d’une semaine d’un coup d’état meurtrier mais déterminant pour la démocratie Burkinabè.

Résistance Burkinabè

Résistance Burkinabè

Je vous plante le décor : Burkina Faso signifie littéralement « pays des hommes intègres ».
Burkina (intégrité, honneur en mooré) et Faso (pays, territoire en Djoula ou Bambara).
Les habitants sont des Burkinabè  (bè étant un suffixe en fulfuldé qui désigne les habitants d’un lieu), c’est un nom invariable.
Capitale Ouagadougou.
18 millions d’habitants.
Diaspora 11 millions de personnes (quand même!).
Pays pauvre et endetté, complètement enclavé.
6 frontières donc 6 voisins.
Economie basé sur l’agriculture, l’or et le Cotton.
Premier producteur mondial de beurre de Karité.
Principales richesses : le courage, le travail, la fierté, l’amour de la patrie!

Mercredi 16 Septembre 2015, des terroristes décident de nous prendre en otage! Une journée normale pour moi à vaquer à mes occupations quotidiennes. Je raccompagne une amie et je finalise mon article hebdomadaire pour le blog. Je regarde mon fil d’actualité sur Facebook et là c’est le choc. Nous sommes otages de 1300 personnes, de leurs armes et de leur barbarie. Les aléas de l’expatriation. J’appelle, je regarde les informations, j’écris… je ne veux pas y croire. Je n’en dors pas. Qui ? Pourquoi ? 

Jeudi 17, nous avons la réponse. Le mot est lâché : « coup d’état« . Coup de massue, coup de poignard dans nos dos nus. Nous savons qui et nous savons pourquoi, même si quelque part ça ne nous étonne pas. La recherche d’informations active continue. Puis les images apparaissent : un peuple désarmé mais déterminé, des terroristes qui tirent et qui tuent, qui blessent. Premier mort et là je sais, j’ai la certitude qu’ils tueront beaucoup mais que les Burkinabè ne lâcheront rien. Plus maintenant, plus jamais.

Vendredi 18 et Samedi 19 : nuits blanches écarlates. La nuit du samedi on nous annonce « une bonne nouvelle » pour le lendemain à 10h. Nous attendons, prions, espérons que ses voisins venus nous aider apportent une solution apaisante. La journée du dimanche 20 fut longue et pénible. Puis vers 22h pour moi (GMT +3) la nouvelle tombe. Je cherche toujours la bonne nouvelle dans les nouvelles. Elle n’y est pas. Je m’énerve, je pleure, de suis abasourdie, mon coeur est comme comprimé, ma gorge nouée. On nous demande d’amnistier nos preneurs d’otages, nos bourreaux, et on leur demande, à eux, quelles sanctions ils veulent qu’on leur applique. On leur fait une proposition de rançon et on nous laisse entre leurs mains assassines pour en discuter entre voisins le mardi.

Pardonner donc encore et toujours au même bourreau qui depuis presque 30 ans nous torture. Il tue, nous pardonnons, il tue de nouveau, nous pardonnons encore. Pour eux, pourquoi pas cette fois encore, puisque nous sommes de grands « pardonneurs » ? On demande au peuple sauvagement violé de pardonner au violeur, de vivre avec lui , mais pire, de l’épouser et qui sait, il finira peut être par l’aimer. Après tout une telle preuve d’amour passionnée et violente est si rare. Nous sommes peut être masochistes après tout. Ignominie! Un coup d’état peut s’expliquer mais en aucun cas se justifier.

Lundi 21 septembre. Après une nuit toujours aussi blanche, je me réveille le coeur lourd. Je suis déçue, comme anesthésiée. Je sais que la lutte sera longue mais que nous en sortirons. L’éternelle optimiste que je suis sais que nous vaincrons, mais quand ? Comme pendant l’insurrection population des 30 et 31 Octobre 2014, je retrouve, ré découvre et découvre des amis, des connaissances, des inconnus, mus par la même volonté de se battre par tous les moyens à leur disposition. Des amis d’ailleurs qui m’écrivent et m’appellent pour prendre de mes nouvelles et des miens aux pays. Merci pour ces pensées!

En octobre 2014 j’étais à Ouagadougou, mes jumeaux avaient un mois et demi et mon aînée 3 ans, leurs oreilles innocentes avaient entendu des tirs, leur nez respiré du gaz lacrymogène et cela avait renforcé mon engagement. Mais là je suis à des milliers de km. Nous échangeons nos infos et nos idées. Entre infos et intox sur le net, à la radio et à la télévision, je suis complètement perdue, au bord de la folie. Certains médias parlent depuis quelques jours « du nouvel homme fort du Burkina » : de quel Burkina parlent-ils? Et là une lueur d’espoir, notre armée dit loyaliste converge vers Ouagadougou pour enfin nous libérer. La nuit est longue, très longue… Et tout à coup les données et le rapport de force changent : le « nouvel homme fort  » devient subitement « putschiste ».

Mardi 22 , nous attendons le dénouement, incertain. La population des 45 provinces reste mobilisée comme au premier jour. Nous attendons, ils discutent. C’est long, mais ce qui est en jeu c’est la paix et la vie. Infos, intox, jeux de communication et de désinformation. La guerre psychologique continue et loin du pays nous en sommes victimes. Vers 21h je tremble de tous mes membres, j’ai le vertige, je me rends compte que j’ai oublié de manger depuis le matin. Je mange et me ressaisis. Le but n’est pas de faire d’autres orphelins… Je m’endors malgré tout à 3h comme toutes les nuits sans nouvelle d’un dénouement. Je m’en remets à Dieu.

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Le courage et la ténacité de ces personnes qui sortent à mains nues affronter les balles. La pugnacité,  la combativité et la dignité de certains acteurs et surtout de cet homme en blanc pendant cette semaine, ont renforcé ma foi en la nature humaine. Et je sais que comme l’a dit le journaliste Sayouba Traoré : « quelqu’un est fou dans cette histoire et ce n’est certainement pas nous« !

Mercredi 23 Septembre, nous apprenons qu’un accord entre frères d’armes a été conclu dans la nuit. Un accord moral dont nous ne comprenons pas toute la teneur et surtout les implications. Nos chers voisins arrivent pour finalement nous soutenir et acter le retour à l’ordre constitutionnel. Heureusement qu’on ne les a pas attendus… La situation est floue, les termes vagues ou encore très peu clairs pour nos oreilles et yeux de civils.

Enfin nous entendons: encasernement, dissolution, processus de désarmement, justice, paix, dialogue, regrets. Mon coeur s’apaise, mais je suis passée par tellement d’émotions en peu de jours que je n’ose pas y croire. Le gouvernement, « nos otages adorés », reprennent la main. Mais nous restons vigilants et en alerte jusqu’à ce que les actes concrets soient posés et ils semblent l’être. Mais en attendant, le mercredi soir les rues barricadées depuis une semaine par la population ont été balayées, nettoyées par cette dernière, comme le général!

Durant cette affreuse semaine, j’ai discuté et pleuré au téléphone avec ma mère, mes frères et sœurs (surtout ma sœur aînée Zéneb), certaine que mon père nous protégeait et soutenait cette lutte pour notre liberté et notre dignité. J’ai eu le sentiment de vivre au quotidien avec des amies , des promotionnaires perdus de vu, des inconnus devenus proches. Merci infiniment à vous pour cette tranche de vie et de fraternité, pour l’enrichissement intellectuel et moral.

J’ai aussi confirmé mes doutes sur certains que j’ai arrêté de suivre pour le moment pour mon équilibre mental et pour la paix de mon petit coeur. Merci à eux pour cette leçon de vie. J’ai énormément pensé à toutes ces personnes qui vivent des conflits loin de chez eux, en expatriation, et dont le pays vit des troubles. Ça n’a duré qu’une semaine pour nous mais ce fut terrible. Courage! J’ai acquis définitivement la certitude  « que seule la lutte libère » et ce,  dans tous les domaines de nos vies!

Preuve que chacun gère son stress à sa manière, certains ont pendant cette période, eu l’idée de me faire quelques propositions plus qu’équivoques. Je vivais une révolte à distance et ils voulaient créer une révolution dans mon foyer. J’ai préféré en rire et j’en ris toujours. Les histoires drôles nées de cette période trouble, cet humour particulier et corrosif des Burkinabè m’ont donné des fous rire et je remercie tous ces auteurs pour leur génie créateur.

Pour conclure je fais mienne une partie de notre hymne nationale le Ditanyè  (ou hymne de la victoire) qui en dit plus que mes mots et qui résume mon ressenti et toute ma fierté d’être BURKINABÈ!

« Une seule nuit a rassemblé en elle l’histoire de tout un peuple

Et une seule nuit a déclenché sa marche triomphale

Vers l’horizon du bonheur, une seule nuit a réconcilié

Notre peuple avec tous les peuples du monde

A la conquête de la liberté et du progrès,

La PATRIE ou la MORT nous VAINCRONS!  « 

Et nous VAINQUÎMES! 

Tim

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Tim
Burkinabè, mère, épouse et blogueuse en expatriation, titulaire d'un Master 2 en Marketing et Stratégie. J'ai une passion pour le développement personnel et je me forme pour devenir Coache dans ce domaine.
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