Afrique et dépression : pourquoi tant de rejet ?

Ma dame de pierre

Ma dame de pierre

Déprimé(e) ? En Afrique ? Ça ne peut pas arriver, avec la famille, les amis, l’environnement social tu ne peux pas l’être enfin ! La dépression c’est pour les « Blancs » ! Je ne sais pas pour vous mais j’ai souvent entendu ce type de phrase et je l’ai même certainement au moins une fois prononcée. Comme si la déprime, la dépression ou le mal être avaient une couleur. Qu’elles ne pouvaient pas, ou pire, ne « devraient » pas nous arriver.

D’aucuns pensent même que quand vous en parlez c’est pour vous vanter ou vous faire passer pour ce que vous n’êtes pas. Comme si la dépression était un luxe que les Africains ne pourraient s’offrir. Si vous avez le temps d’être déprimé c’est que vous n’êtes pas assez occupé dans la journée.

Pourtant, la dépression existe aussi bien ailleurs que sous nos latitudes. Et elle n’arrive pas « par hasard », il y a toujours pour une/des raison(s) . Certains arrivent à la surmonter mieux que d’autres qui ont plus de mal à s’en défaire. Il est important aussi de distinguer la déprime (qui est occasionnelle et passagère) de la dépression nerveuse, qui elle est profonde, sournoise, chronique et durable et aussi évidemment, plus difficile à surmonter.

Les raisons peuvent être multiples, ce trouble psychique est généralement dû à des traumatismes tels des chocs affectifs, des séparations, des deuils, l’éloignement, la grossesse, la maternité, la maladie etc. Parfois la dépression est due à la combinaison de plusieurs de ces facteurs. Le deuil, par exemple la perte d’un parent ou d’un être cher, voire le deuil d’une relation amoureuse, d’une relation amicale, d’un emploi, d’une carrière, la retraite. Mais aussi le changement de style de vie, la maternité et la paternité (accepter et intégrer l’idée que l’on ne pourra jamais faire un enfant soi même est un véritable deuil en soi), etc. Toutes ces épreuves de la vie peuvent conduire à une déprime passagère ou même à une dépression profonde.

En Afrique, il est vrai que l’aspect social est parfois omniprésent mais trop de social tue le social. Souvent, précisément à cause du social et de l’environnement, nous n’arrivons pas à vivre notre peine ou notre deuil comme il se doit. Nous  n’arrivons pas à aller au bout de notre peine. Nous ne devons pas exposer notre douleur, parce que dire que « ça ne va pas » est mal vu. Et pourtant quand ça ne va pas, et bien ça ne va pas ! (A lire : Vivre mieux ? Libérez vous de ces 3 personnes toxiques)

Savoir reconnaître les signes précurseurs d’une déprime annonciatrice d’une dépression nerveuse et  ne pas les nier est un préalable pour s’en sortir. Voici une liste non exhaustive de ces signes précurseurs identifiés par le corps médical:

– la fatigue permanente

– l’envie de rien

– le moral à zéro

– des chutes de cheveux inexpliquées au milieu du crâne  (ou ailleurs)

– des éruptions cutanées soudaines non allergogènes

– l’envie de rester seule (ne vouloir voir et parler à personne)

– des envies soudaines de pleurer sans raisons valables

– l’envie de pleurer chaque fois que l’on doit aller travailler (attention au « burn out »)

– des crampes d’estomac liées au stress qui engendre souvent  la dépression

– une irritabilité nouvelle

– un manque ou une absence insupportable  (parent,conjoint, ami, emploi,…)

– l’impression que vous ne vous en sortirez jamais

– le manque soudain de motivation professionnel ou personnel

– quand le pyjama devient votre meilleur ami, que vous le portez toute la journée sans aucune envie de l’enlever ou de vous laver

– l’envie de rester affalé toute la journée sur son canapé ou sous sa couverture

– le manque d’intérêt pour sa propre personne et les soins corporels

– des idées sombres, morbides et suicidaires

– une perte soudaine et durable d’appétit ou, au contraire, une envie permanente de grignoter tout et n’importe quoi

– une baisse de la libido

– une irritabilité et une nervosité soudaine et sans explication concrète

– une consommation abusive d’alcool

La combinaison d’au moins deux de ces signes peut indiquer vous que vous êtes dans une phase dépressive et que vous avez besoin d’aide. Ou pas, c’est selon votre capacité à rebondir naturellement. Cependant, si ces symptômes persistent plus de deux semaines, il est préférable d’aller consulter un médecin au plus vite.

Guérir c’est bien; mais avant tout, il faut se connaître soi même et savoir comment on réagit face aux coups de la vie. Certains vivent toutes leurs émotions à fond et donc leur déprime aussi. Ces personnes, dont je fais partie, préfèrent aller au bout de leurs émotions, s’enfoncer jusqu’à toucher le fond enfin refaire surface, comme une renaissance ! D’autres camouflent la dépression et savent la gérer dès le début et s’en sortent bien. Mais plus nombreux sont ceux qui refusent de l’admettre et s’en sortent difficilement.

Reconnaître ces symptômes et accepter l’aide des proches et d’un psychologue, si nécessaire, permet de s’en sortir. Parce que oui, aller voir un psychologue, peut vous sauver la vie en cas de dépression nerveuse ou chronique ! Le fait d’en parler à un psy ou à un proche peut vous aider ou sinon écrivez, l’écriture permet à certaines personnes de mieux exprimer leurs émotions et les aide à vider littéralement leur sac. Vous couchez sur le papier toute votre douleur et toute votre tristesse et vous vous libérez d’un  poids. Essayez !

En outre, le sport, la musique , la danse, la marche, le tricot, la cuisine , la famille, la télé, les amis, les proches,… peuvent vous aidez à vous en sortir plus ou moins vite. Par ailleurs, si vous êtes de nature optimiste vous vous en sortirez généralement mieux.

Ma soeur aînée m’a dit « quand tu n’as pas la solution d’un problème, c’est que ce n’est pas un problème « . Parce que tu n’y peux absolument rien. Cette phrase, loin d’être une invitation au défaitisme ou à la facilité, pousse à aller de l’avant quelques soient les difficultés de la vie.

Alors oui, je suis une jeune africaine qui a déjà vécu une grande déprime après un deuil ou d’autres chocs inhérents a la vie. Je suis humaine, j’ai des sentiments et donc autant d’émotions. Oui, je m’en suis remise parce que j’ai accepté mon état et aussi parce-que je suis de nature positive.

Que vos coups durs vous soient à toutes et tous supportables ! La déprime est en général une étape transitoire vers un avenir meilleur. Restez positifs, rebondissez et vivez votre vie à fond. La vie passe si vite…

Tim.

11 réflexions au sujet de « Afrique et dépression : pourquoi tant de rejet ? »

  1. Nafissatou dit :

    Merci Fatim d’en parler. J’ai déjà vécu cela et j’avoue que j’en ressens encore la douleur même si avec le temps ça s’est beaucoup atténuée. C’est très dur d’en parler et en Afrique ici on considère que déprimer c’est pour les riches, ceux qui  » n’ont pas de problèmes » . Moi j’ai beaucoup écrit, chaque fois que l’ envie me prenait de pleurer je mettais sur papier toute ma tristesse, il m’ arrive aujourd’hui de relire certains passages mais il y a en d’autres que je ne veux toujours pas voir.

    • Merci a toi d’en parler maintenant. L’écriture est une très bonne thérapie effectivement et c’est l’une de mes méthode aussi. Il faut assumer ses peines et ses joies. Il faut accepter que ça ne va pas parfois. Surtout il faut penser à soi et pas au regard des autres. Merci Nafissatou!

  2. lauraine dit :

    Merci à toi pour ce courage que tu as eu d’aborder un sujet aussi délicat que tabou. On en parle peu mais la déprime et même pire la dépression existe bel et bien en afrique. J’en ai vu et j’en ai pleurer. J’ai vu un chef de famille se tirer une balle en plein poumon par dépression. Tout simplement parce qu’il n’a pas pu en parler .tout simplement parce que à côté de lui comme tu le dis personne n’as penser à l’aider à surmonter cela moralement parce qu’effectivement on pense que ça n’arrive qu’au blancs.

    • C’est vraiment dramatique ce que tu racontes. Le pire c’est que ça arrive plus souvent qu’on ne le croit. Les sentiments n’ont pas de couleur. Il est important d’en parler et d’aider les personnes en souffrance. Merci Lauraine!

  3. La « déprime », maladie du capitalisme? Plus un pays avance dans ce système, plus sa population en souffre? En tous les cas, c’est un constat. 🙂

    • Peut être… mais je suis sûre qu’il y a des dépressifs dans le fin fond de nos villages mais comme personne n’en parle on croit que ça n’existe pas. Et pourtant…

  4. Ednancy dit :

    Bonjour Fatim,
    Ton billet est intéressant à plus d’un titre. Justement, j’organise un évènement sur Twitter auquel tu pourrais participer par ta connaissance de la dépression. Je te laisse me contacter pour discuter.

    • Merci pour l’intérêt porté à mon article. Le contact mail n’est peut être pas correct car je vous ai envoyé un mail qui m’est revenu. Merci de m’en dire plus sur cet événement. Contact @Timworld5 . Merci.

  5. Lola dit :

    Je découvre par hasard et le blog et l’article. Juste magnifique. Amen. Belle plume!
    Les mots sont bien choisis et tellement vrais. Un petit bémol par contre: à la fin, de dépression le sujet repasse à la déprime, dont il soulignait pourtant les différences au début comme si la pudeur ou les pesanteurs sociales emprisonnent encore et retiennent. Malheureusement oui, on peut être Africain et connaître la dépression ou la voir chez d’autres. Ce n’est pas être faible, se laisser aller ou autre. Quand quelqu’un se casse une jambe, met-on en doute sa douleur, son problème? Mais les « blessures de l’âme invisibles » c’est autre chose! Il faut se secouer, ne pas être négatif, regarder autour de soi! C’est ignorer que la dépression n’est pas la déprime, une baisse de moral passagère, un découragement qui arrive à tout un chacun à un moment ou un autre. Non, quelque chose est cassé qu’il faut réparer. Que la paix soit sur nous tous!

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